Cabinet d’avocats à la cour
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Attentat à Nice : «Je me sens comme un rescapé»

Avocat à la Cour de Paris, Maître Carlo Alberto Brusa, dispose d’un cabinet rue des Congrès, à côté de la promenade des Anglais à Nice. Ce jeudi 14 juillet, il souhaite rentrer à son domicile, avec sa compagne, autour de 22h30 alors que l’attentat se produit.

Où est ce que vous vous trouviez exactement ce jeudi soir au moment de l’attentat ?

À 22 h 30, nous étions sur la promenade des Anglais. C’était la fin des feux d’artifices. Notre cabinet secondaire se trouve rue du Congrès qui est l’endroit où le camion a fini sa course. Nous rentrions à notre cabinet-domicile. Lorsque nous sommes arrivés au niveau de l’hôtel Méridien, nous avons vu la foule hurler. On a vu les gens qui commençaient à courir dans notre sens et on a compris que quelque chose de grave arrivait.

Quelle a été votre réaction ?

Ce qu’on a fait pour se sauver, parce que c’était quand même de la survie, on s’est cachés dans le parking en face de l’hôtel Méridien. Au bout de 10 minutes, nous sommes sortis. Là on est arrivés sur la rue de France. La foule était immense. Je n’avais jamais vu autant de monde sur la promenade des Anglais. Là où le camion s’est arrêté, c’était d’ailleurs le cœur de la promenade.

Vous disiez que vous êtes restés une dizaine de minutes caché seulement dans le parking, comment avez-vous su que la voie était libre ?

Le camion a donc frappé le cœur de la promenade. Selon vous, ce n’est donc pas un hasard ?

Non, ce n’était pas un hasard. Les policiers étaient concentrés sur cette partie-là. On voit que le camion a réussi à pénétrer en amont où il y avait moins de sécurité, je ne sais comment d’ailleurs, je suis toujours étonné. On arrive rue du Congrès et on voit le camion. À ce moment il est à l’arrêt, la vitre criblée de balles et cassée, le flanc gauche criblé de coups et les policiers encore autour du corps du chauffeur. Ca vient d’arriver, on sent encore l’odeur des coups de feu. Mais nous avons de la chance, dans cette situation de flottement, on nous laisse encore passer et entrer jusqu’à notre domicile.

Et d’autres personnes ont encore pu passer après vous ?

Non. Après ça plus personne ne pouvait passer. Tout était verrouillé. Les policiers avaient peur du contre-attentat et effraient les passants en montrant leur pistolet, les ambulances arrivent. Le palais de la Méditerranée sert de centre de secours. C’était vraiment horrible. Aujourd’hui je me sens comme un rescapé, j’ai eu de la chance que mes enfants n’étaient pas avec moi. Le camion était arrêté à 50 mètres de mon cabinet, c’est vous dire.

Le cabinet de Maître Carlo Alberto Brusa se trouve à cinquante mètres de l'endroit où le chauffeur est mort.

À partir du moment où vous arrivez chez vous, que voyez-vous de la scène ?

La police scientifique intervient à partir de deux heures du matin. Le GIGN quadrillait le terrain. Je pense qu’ils craignaient la présence d’un complice. On voyait des policiers cagoulés qui circulaient. Avec un attentat de cette portée, c’est difficile de croire que ça va s’arrêter avec un camion. La police et les CRS ont travaillé toute la nuit. Le problème c’est qu’il y avait des morts partout. Ils devaient attendre le relevé de la police judiciaire. Même le corps du terroriste n’a été enlevé que ce matin du sol.

Vous êtes sortis depuis, quelle est l’ambiance en ville ?

Oui ce vendredi midi, mais tout est quadrillé. Personne ne peut se rendre là-bas. Ce que j’ai ressenti en sortant et en parlant avec les autres personnes, c’est que nous sommes tous abasourdis. Un mot qui résume tout, c’est le mot « hagard ». Juste avant ça, c’était une soirée magnifique, il faisait bon, et je me suis dit comme la ville est belle. Et tout ça vient briser des vies, des familles. On ne peut pas dire que ça n’est pas arrivé, on est brisés aussi. La vie reprendra comme toujours, mais pour les personnes qui ont vécu ce drame, c’est compliqué.